Le Jeu des Élections
Dans tout le grand Canada, qui se tient solide entre les océans Pacifique et Atlantique, les citoyens sont appelés à voter. Le 14 octobre 2008 se tiennent les élections fédérales, qui visent à déterminer quel parti détiendra le pouvoir pour le prochain mandat, à Ottawa. Quel parti défendra avec ferveur son bilan en fin de mandat, rejettant la responsabilité des problèmes non-réglés dans les mains - toujours plus sales - des partis qui l'ont précédé.
Dans tout notre grand pays (en vérité, surtout au Sud, le long de la frontière américaine), les êtres humains qui sont reconnus comme citoyen canadien et électeur pourront exercer leur droit de vote. En réalité, beaucoup ne l'exerceront pas. En 2006, le taux de participation a été approximativement de 60%. Que doit-on comprendre du fait que 40% des Canadiens qui peuvent voter ne sentent pas qu'ils doivent le faire?
Personnellement, je crois qu'il est préférable de répondre à cette question ici en n'exposant que mon point de vue personnel, sans affirmer que je parle au nom de tous mes concitoyens. Pour ma part, j'ai le sentiment que mon droit de voter n'a pas toujours la même importance, selon les circonstances. Je refuse donc d'emblée de faire une grosse déclaration juteuse, du type "Le droit de voter c'est sacré!", ou encore "Ne pas voter, c'est se retirer à soi-même le droit de se plaindre après-coup!". Non, je crois qu'exercer mon droit de vote prend de l'importance à mes yeux si l'enjeu des élections a de l'importance pour moi. De la même façon, au poker, toutes mes décisions sont effectuées relativement à l'enjeu, le gain potentiel en argent.
Les élections ne sont pas réductibles à une partie de cartes, loin de là. Par contre, la comparaison tient la route, dans la mesure où le rapport entre l'électeur et les élections est un peu le même que le rapport entre le joueur et le poker ; dans les deux cas, je ne contrôle pas toutes les données et je suis bien placé pour juger de l'effet que mes décisions peuvent avoir sur les résultats. Chaque joueur fait une analyse personnelle des cartes qu'il reçoit. Et chaque électeur fait une analyse personnelle des gains potentiels qui peuvent résulter d'une élection.
Le droit de vote est peut-être sacré, mais l'acte de voter, lui, ne l'est certainement pas, puisqu'il dépend de ma décision en tant que citoyen souverain! Si je décide de voter, je crois que le coût (on s'entend que faire un X à côté du nom d'un candidat est un coût très faible!) que cela représente n'est pas trop grand, compte tenu des gains potentiels. Un tas de raisons peut justifier le fait de voter ou de ne pas voter. Mais j'affirme sans gêne qu'il est impératif que tous aient un droit égal et inviolable de voter.
Pour moi, il est évident que des élections où l'enjeu est relativement faible aura nécessairement pour effet de réduire le taux de participation. Des élections durant lesquelles les citoyens ne sentent pas que les partis politiques présentent des choses radicalement différentes, que ceux-ci ne se confrontent que très timidement sur des sujets qui n'amélioreront que très peu ou pas du tout leur Canada, alors ces citoyens sont tout à fait justifiés, à mon avis, de se détourner de leur droit de voter. Par contre, il me semble que voter ne demande pas un gros effort et qu'il eput être amusant de voter, ne serait-ce que pour participer à ce jeu que certains prennent, je crois bien, un peu trop au sérieux...
Dieu merci, il y a des élections libres dans notre beau grand pays! Vous savez, ce n'est pas le cas partout sur la planète, "On devrait être fier de ça!", disent certains. Oui, c'est sûr, c'est sûr... mais en même temps, le système qui prend votre vote et qui le replace dans le contexte d'une circonscription fédérale dilue énormément l'effet que peut avoir votre vote. En bonne démocratie, le Canada accepte votre vote personnel comme une simple donnée qui sert à identifier ce que la majorité pense. C'est dans ce sens-là qu'on dit parfois d'un électeur qu'il a "perdu ses élections" ; il a voté noir, mais la majorité des citoyens de sa circonscription fédérale ont voté blanc.
Ainsi nous sommes appelés à jouer le jeu des élections, mais il existe un rapport hiérarchique entre votre vote et le vote de la majorité, qui favorise cette dernière. à cela, il existe des alternatives de démocratie directe qui n'imposent pas ce primat de la majorité aux citoyens. Mais n'oublions pas que les différentes versions d'un jeu ne sont jamais parfaites. L'important, c'est qu'un tel jeu existe ici et qu'il ne fasse pas trop intervenir l'injustice et l'inégalité.
Somme toute, il n'y a pas du tout de risque à jouer ce jeu et le coût de la participation est très faible. Qui sait, vos enfants gagneront peut-être en bout de ligne?


