mardi 20 février 2007

La Science

Notre planète vue de notre lune
Le philosophe grec Platon se pose la question "Qu'est-ce que la science?" il y a quelques vingt-cinq siècles, dans son dialogue qui a pour nom Thééthète. Ce texte est un dialogue aporétique, c'est-à-dire qu'il se termine sur une impasse. Ce qu'on a lu dans le Théétète est d'abord et avant tout un dialogue sur les limites de la raison humaine [SOURCE: bon site sur les dialogues de Platon, celui de Bernard Suzanne: http://plato-dialogues.org/fr/plato.htm]. Or, il est encore aujourd'hui plutôt difficile de définir clairement ce qu'est la science. Lisez Karl Popper pour une conception plus contemporaine de la science. Mais est-ce que c'est important de savoir qu'est-ce que la science?
N'est-ce pas là un excès de curiosité? On s'entête depuis longtemps à définir la science alors qu'elle se métamorphose avec chaque étape que l'on franchit, avec chaque révolution scientifique. Ce qu'elle est précisément, c'est une transformation perpétuelle. Peut-on donner une définition claire de ce qui est caractérisé par une constante évolution, un changement continuel et des découvertes qui ne sont contraintes par aucune limite. Nous sommes en quelque sorte devant la science aussi perplexe que les hommes d'une autre époque pouvaient l'être devant la mer; "Mais qu'est-ce qui se passe quand le bateau s'éloigne des côtes et disparaît sous l'eau, à l'horizon? Et surtout, comment fait-il pour revenir?" disaient-ils sans doute. À mon avis, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés qu'eux l'étaient.
La science et la mode ont ceci en commun: dans les deux cas, malgré l'immense popularité de certaine tendance, tout finit par céder sa place à une nouvelle tendance. Même, on peut voir un autre parallèle: quand il y a des changements en mode, ces derniers ne sont pas totalement innocents, on effectue toujours les changements en fonction de ce qui a été fait avant. Or, c'est aussi vrai en science. Rien n'est perdu. Je suis pour ma part tout à fait convaincu qu'il n'aura pas été vain de mettre tant d'énergie et de temps dans des domaines comme l'armement nucléaire, le clonage ou l'exploration spatiale. J'ai confiance que, comme c'est souvent le cas en science, malgré le fait que les humains n'atteignent pas toujours les buts qu'ils s'étaient fixés au départ, tout finit par avoir une utilité quelconque pour nous. Si on finit par comprendre que l'armement nucléaire est une preuve que notre race à la capacité de s'anéantir elle-même, ce n'est pas ce que j'appelle une conclusion inutile, bien au contraire.
Ce qui est admirable par-dessus tout en science, c'est l'humilité. Imaginez! En science, un échec peut être considéré comme une étape plus importante qu'une réussite. J'espère que les humains prennent des notes car ceci pourrait servir dans bien d'autres domaines. La communauté scientifique ne peut tout simplement pas perdre confiance en elle. Vous savez, j'hésite toujours beaucoup à réfléchir sur l'existence d'une nature humaine, mais je crois qu'il n'est pas fou de penser que notre exploration scientifique est un baromètre pour déterminer de quelles vertus nous sommes capables: humilité, curiosité, patience, courage, sagesse, philosophie... Et il faut bien comprendre que je parle autant des erreurs que des réussites scientifiques, ces dernières étant, dans la plupart des cas, des erreurs pas encore identifiées.
Ceux qui attendaient une critique quelconque de la science vont être déçus; je ne peux faire autre chose que l'éloge de la science, bastion moderne de la philosophie! En ce sens, je suis donc aussi heureux que l'on parle de sciences sociales et de sciences humaines... pas parce que je crois qu'il existe des lois universelles qui sous-tendent les phénomènes sociaux, mais plutôt parce que cela fait briller une lueur d'espoir: on va continuer d'étudier ces phénomènes dans un cadre scientifique, et cela n'amène que des avantages, parce que ça veut dire que quand on propose une nouvelle théorie, il y aura toute une meute de curieux qui l'examineront pour tenter de trouver une faille. Et je crois qu'il est très profitable pour une théorie - qu'elle soit chimique ou sociale! - de passer sous la loupe d'une science afin d'en détermine la pertinence.
L'ultime question reste: "Sommes-nous les seuls à nous poser toutes ces questions?"