lundi 31 décembre 2007

La famiglia è sacra

Débarassons-nous d'abord du crédit photographique qui, cette fois, me revient. J'ai pris cette photo de ma mère, mon père et ma soeur dans une charmante ville de la région de Villa Clara, sur l'île de Cuba (soit à Remedios, soit à Camajuani, je ne me souviens plus!). Nous avons fait, cette journée-là, une excursion pour sortir de notre all-inclusive resort pour voir un peu la région dans laquelle nous passions un si agréable séjour.
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Nous avons tous, dans une certaine mesure, une famille. Certains doivent se contenter de photographies, les parents étant décédés ou disparus. Ce n'est pas mon cas, puisque mes parents et ma soeur sont toujours bien vivants et en bonne santé, ce qui est déjà une bénédiction! La famille n'a toutefois pas la même importance d'une personne à l'autre. Pour ma part, son importance est centrale et elle joue un rôle crucial dans ma conception de l'existence.
Je ne crois pas me tromper quand j'avance que nos personnalités sont en grande partie influencées par le monde extérieur. Nous ne sommes certainement pas de grandes pages blanches à la naissance, mais nous ne sommes pas non plus des pages sur lesquelles plus une seule ligne ne peut être ajoutée. Je crois que la personne que je suis est fortement inspirée des personnes et des choses que j'ai croisées sur mon chemin à venir jusqu'à maintenant. Et il s'adonne que ces trois personnes (ma mère, mon père et ma soeur) ont toujours été sur mon chemin. En fait, ce qui encore plus déroutant pour moi, c'est qu'ils ont permis ce chemin. Je ne suis pas simplement là à me promener, ce sont eux qui m'ont mis là, et maintenu là! C'est quand même pas rien...
Je ne crois pas que tous doivent partager mes vues sur la famille. Elle est sacrée pour moi parce que rien d'autre n'est sacré en fait. Je comprends que certaines personnes n'accordent pas la même importance à leurs parents parce que ces personnes accordent peut-être une importance égale à autre chose, également au fondement de leur personnalité. Ainsi, je crois qu'il est important pour chacun de trouver qu'est-ce qui est fondamental chez soi, qu'est-ce qui influence grandement la personne que je suis, qu'est-ce que j'identifie comme LA raison principale de ma personnalité actuelle. Pour moi, c'est la famille. Pour d'autres, ce sera une Église, un État, une Armée, une Idée, un Projet, un Peuple, un Pays, une Province... C'est égal. Appelez ça du réductionnisme, je suis d'accord! Ici, je réduit toutes ces idoles que nous adorons individuellement, parfois secrètement, comme fondements de nos personnalités.
Ma personnalité n'a pas été forgée par une église ou un état ; cela ne signifie pas que ces institutions n'ont eu AUCUNE influence sur moi. Par contre, je crois que ma famille transcende définitivement mes contacts ponctuels et irréguliers avec ces institutions. La famille transcende tout ça parce qu'elle est le contexte primitif dans lequel je me trouvais au moment de découvrir et de juger ces institutions. Celui qui n'a pas été élevé au sein d'une famille ne peut en dire autant. Celui qui n'a pas vécu dans ce contexte doit analyser autrement sa situation. Par exemple, un enfant élevé dans une "école religieuse" - qu'elle soit catholique, protestante, coranique, hébraïque, bouddhiste, raélienne, etc. - sera marqué par les valeurs véhiculées par l'école en question, ce qui lui permet d'acquérir une vision du monde. Je serais bien stupide d'en avoir contre ces écoles ici, mais il est important de dire les vraies affaires: certaines de ces écoles marquent plus fortement leurs enfants que d'autres, comme certains parents d'ailleurs.
Ce que je trouve génial dans le fait que la famille soit mon "élément sacré", c'est que cela laisse beaucoup plus de liberté à l'enfant (qui n'est après tout jamais rien de moins qu'un autre vous-même...). Mon père n'a jamais basé son autorité sur la supposition qu'il a créé le monde. Ma mère n'a jamais tenté de m'être supérieure en suggérant qu'elle a accomplit des miracles. Ma famille n'a jamais tenté de me rendre coupable d'être né, elle ne m'a jamais fait sentir comme coupable d'être là en tant qu'une âme prisonnière d'un corps.
Ma famille a penché pour les valeurs plutôt que pour l'institutionalisation de leur autorité ; ainsi, je me retrouvais, en tant qu'individu particulier et unique, a partagé le foyer d'autres individus particuliers et uniques. Je me retrouvais devant la possibilité de défier ou de refuser l'autorité, mais pour ce faire je devais trouver de bonnes raisons, ce que je n'ai pas encore trouvé. Pourquoi? Non pas parce que je suis soumis et réduit en esclavage, mais parce que l'autorité que ma famille a exercé n'a jamais excédé son rôle : le maintien de l'ordre familial. "Je suis le papa, tu n'es pas le papa", c'est quand même pas compliqué à comprendre! Ce qui est bien ici c'est qu'on ne me dit pas "tu ne seras pas le papa dans ce monde, mais seulement dans l'au-delà..." ou quelque chose du genre. Je peux moi aussi le devenir un jour, et exercer une autorité "papale" (!) à mon tour.
Quand la famille est sacrée, tous sont sur un même pied d'égalité. Ceux qui ont le pouvoir maintenant ne l'auront pas toujours, et ceux qui subissent le pouvoir aujourd'hui pourront l'exercer à leur tour plus tard. C'est juste une question de qui a donné naissance à qui, et non une autorité qui émane de Dieu le Père. J'en ai un père, et c'est suffisant! Mais au moins lui ne m'a pas dit qu'il a créé le monde et que ma curiosité est vaine puisqu'il est LA raison de tout ce qui existe. Mon père me dit plutôt, plus honnêtement, que JE suis ce qu'il a créé (co-créé disons...) et que je peux continuer d'être curieux à l'égard de cette planète, planète qui, en bout de ligne, est la véritable créatrice si on veut vraiment en adorer une.

mardi 4 décembre 2007

Être là pour un temps

photo de Benoît Dostaler
"the sun is the same in a relative way but you're older...
...shorter of breath, and one day closer to death"

La voix remarquable de David Gilmour prononce ces mots une fois de plus, alors que j'écoute Dark Side of the Moon de Pink Floyd. Le temps qui passe, autant pendant l'écriture de ce message que pendant l'écoute de la chanson, est un élément central de ce qu'il est convenu d'appeler l'existence. Les saisons qui passent (comme sur cette splendide photo, merci Benoît!) s'accumulent parce qu'on possède une mémoire. On peut remercier le ciel de posséder une telle mémoire, même si elle devient difficile à porter... mais la tortue ne se plaint pas du poids de sa carapace, alors inspirons-nous d'elle et acceptons-nous tels que nous sommes.
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Vos deux mains nerveuses s'agrippent au cuir du volant de l'auto de papa, nous sommes en février. Les routes sont gelées, vous apprenez à conduire une voiture. Après quelques moments forts en émotions, votre père décide que vous êtes prêt. Vous êtes content parce que bientôt, on vous laissera prendre la voiture tout seul! Vous passez le test, on peut maintenant dire de vous que vous êtes un conducteur. On vous décerne un permis, une étape est franchie.
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La cloche sonne, il est 14h30, nous sommes en juin. C'est pas seulement le cours de Sciences Physiques qui prend fin, c'est votre (trop) long séjour dans ce territoire inhospitalier qu'est l'école secondaire. Vos camarades et vous-même explosez de joie, avec mille projets en tête qui chercheront tous à vous éloignez de ce qu'on aura tenté de faire de vous ici. Le discours du professeur est étouffé par la jeunesse qui acquiert aujourd'hui une liberté définitive. On se reverra au bal des finissants. Qu'on vous décerne un diplôme ou pas, une étape est franchie.
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Le système de son n'en peut plus de boire les centaines de CD gravés la veille. Musique cool, pour accompagner une gang qui croit l'être. Les bières vides s'entassent sur les speakers, on peut prévoir la gaffe qui s'en vient. Pas grave, les parents sont pas là. Vous avez l'impression d'aller pisser pour la trentième fois depuis trois heures, mais les deux mêmes gars sont toujours en train de tenir la même discussion à côté de la toilette. Votre ivresse est totale, "de l'argent bien dépensé" pensez-vous.
Un beau jour, vous vous réveillez puis vous vous rendez compte que le party est fini. Vous allez bientôt commencer à raconter aux plus jeunes que "quand vous étiez jeune, le party, vous connaissiez ça pas à peu près!". Vous devenez lentement une étape franchie.
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La cravate vous sert violemment la gorge. Vous ne la desserrez pas parce que cela se marie bien avec votre état mental actuel. Nous sommes en octobre, voici vos oncles, vos tantes, vos parents, vos frères et vos soeurs, cousins et cousines, muets, tout comme vous, fixant un trou dans la terre.
On n'ose pas trop se regarder, par pudeur ; on gagnerait beaucoup à affronter ensemble cette frayeur. Ainsi agissent les êtres humains quand la mort emporte l'un des leurs. Votre grand-père est allongé dans un coffre, c'est une génération qui meurt.
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Vous dépliez une vieille photo de vous, jeune enfant. Vous n'avez même plus besoin de la voir tant vous la connaissez dans ses moindres détails, mais vous voulez quand même la regarder. Noir et blanc. Vous fixez ce regard qui vous fixe sans être là. Une larme coule de votre oeil jusqu'à se perdre dans votre barbe grisonnante ; réalisez-vous que le visage qui porte cette barbe est en fait le même que celui qui vous fixe l'autre côté de cette photo? La même larme sur ce jeune visage ne serait pas déviée par tant de rides, voilà toute la différence entre vous et lui.