La famiglia è sacra
Débarassons-nous d'abord du crédit photographique qui, cette fois, me revient. J'ai pris cette photo de ma mère, mon père et ma soeur dans une charmante ville de la région de Villa Clara, sur l'île de Cuba (soit à Remedios, soit à Camajuani, je ne me souviens plus!). Nous avons fait, cette journée-là, une excursion pour sortir de notre all-inclusive resort pour voir un peu la région dans laquelle nous passions un si agréable séjour.***
Nous avons tous, dans une certaine mesure, une famille. Certains doivent se contenter de photographies, les parents étant décédés ou disparus. Ce n'est pas mon cas, puisque mes parents et ma soeur sont toujours bien vivants et en bonne santé, ce qui est déjà une bénédiction! La famille n'a toutefois pas la même importance d'une personne à l'autre. Pour ma part, son importance est centrale et elle joue un rôle crucial dans ma conception de l'existence.
Je ne crois pas me tromper quand j'avance que nos personnalités sont en grande partie influencées par le monde extérieur. Nous ne sommes certainement pas de grandes pages blanches à la naissance, mais nous ne sommes pas non plus des pages sur lesquelles plus une seule ligne ne peut être ajoutée. Je crois que la personne que je suis est fortement inspirée des personnes et des choses que j'ai croisées sur mon chemin à venir jusqu'à maintenant. Et il s'adonne que ces trois personnes (ma mère, mon père et ma soeur) ont toujours été sur mon chemin. En fait, ce qui encore plus déroutant pour moi, c'est qu'ils ont permis ce chemin. Je ne suis pas simplement là à me promener, ce sont eux qui m'ont mis là, et maintenu là! C'est quand même pas rien...
Je ne crois pas que tous doivent partager mes vues sur la famille. Elle est sacrée pour moi parce que rien d'autre n'est sacré en fait. Je comprends que certaines personnes n'accordent pas la même importance à leurs parents parce que ces personnes accordent peut-être une importance égale à autre chose, également au fondement de leur personnalité. Ainsi, je crois qu'il est important pour chacun de trouver qu'est-ce qui est fondamental chez soi, qu'est-ce qui influence grandement la personne que je suis, qu'est-ce que j'identifie comme LA raison principale de ma personnalité actuelle. Pour moi, c'est la famille. Pour d'autres, ce sera une Église, un État, une Armée, une Idée, un Projet, un Peuple, un Pays, une Province... C'est égal. Appelez ça du réductionnisme, je suis d'accord! Ici, je réduit toutes ces idoles que nous adorons individuellement, parfois secrètement, comme fondements de nos personnalités.
Ma personnalité n'a pas été forgée par une église ou un état ; cela ne signifie pas que ces institutions n'ont eu AUCUNE influence sur moi. Par contre, je crois que ma famille transcende définitivement mes contacts ponctuels et irréguliers avec ces institutions. La famille transcende tout ça parce qu'elle est le contexte primitif dans lequel je me trouvais au moment de découvrir et de juger ces institutions. Celui qui n'a pas été élevé au sein d'une famille ne peut en dire autant. Celui qui n'a pas vécu dans ce contexte doit analyser autrement sa situation. Par exemple, un enfant élevé dans une "école religieuse" - qu'elle soit catholique, protestante, coranique, hébraïque, bouddhiste, raélienne, etc. - sera marqué par les valeurs véhiculées par l'école en question, ce qui lui permet d'acquérir une vision du monde. Je serais bien stupide d'en avoir contre ces écoles ici, mais il est important de dire les vraies affaires: certaines de ces écoles marquent plus fortement leurs enfants que d'autres, comme certains parents d'ailleurs.
Ce que je trouve génial dans le fait que la famille soit mon "élément sacré", c'est que cela laisse beaucoup plus de liberté à l'enfant (qui n'est après tout jamais rien de moins qu'un autre vous-même...). Mon père n'a jamais basé son autorité sur la supposition qu'il a créé le monde. Ma mère n'a jamais tenté de m'être supérieure en suggérant qu'elle a accomplit des miracles. Ma famille n'a jamais tenté de me rendre coupable d'être né, elle ne m'a jamais fait sentir comme coupable d'être là en tant qu'une âme prisonnière d'un corps.
Ma famille a penché pour les valeurs plutôt que pour l'institutionalisation de leur autorité ; ainsi, je me retrouvais, en tant qu'individu particulier et unique, a partagé le foyer d'autres individus particuliers et uniques. Je me retrouvais devant la possibilité de défier ou de refuser l'autorité, mais pour ce faire je devais trouver de bonnes raisons, ce que je n'ai pas encore trouvé. Pourquoi? Non pas parce que je suis soumis et réduit en esclavage, mais parce que l'autorité que ma famille a exercé n'a jamais excédé son rôle : le maintien de l'ordre familial. "Je suis le papa, tu n'es pas le papa", c'est quand même pas compliqué à comprendre! Ce qui est bien ici c'est qu'on ne me dit pas "tu ne seras pas le papa dans ce monde, mais seulement dans l'au-delà..." ou quelque chose du genre. Je peux moi aussi le devenir un jour, et exercer une autorité "papale" (!) à mon tour.
Quand la famille est sacrée, tous sont sur un même pied d'égalité. Ceux qui ont le pouvoir maintenant ne l'auront pas toujours, et ceux qui subissent le pouvoir aujourd'hui pourront l'exercer à leur tour plus tard. C'est juste une question de qui a donné naissance à qui, et non une autorité qui émane de Dieu le Père. J'en ai un père, et c'est suffisant! Mais au moins lui ne m'a pas dit qu'il a créé le monde et que ma curiosité est vaine puisqu'il est LA raison de tout ce qui existe. Mon père me dit plutôt, plus honnêtement, que JE suis ce qu'il a créé (co-créé disons...) et que je peux continuer d'être curieux à l'égard de cette planète, planète qui, en bout de ligne, est la véritable créatrice si on veut vraiment en adorer une.



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