Montréal

Bon, disons-le tout de suite: j'habite en banlieue (ouest) de Montréal et je n'ai jamais habité "en ville" comme tel. Soit. Ceci étant dit, il n'y a pas que les gens de la ville qui réfléchissent sur Montréal. Vous devinez déjà que j'ai quelque chose à dire sur cette ville francophone d'Amérique? Et bien, vous n'avez pas tort. À ce sujet, la question que je me pose est la suivante: Montréal nous glisse-t-elle entre les doigts?
Autrement dit, le développement de Montréal la rend-elle de moins en moins Montréal, justement? Bon, il faut dire avant tout que je ne suis assurément pas la personne la plus compétente pour traiter de cette question. Ça tombe plutôt bien, puisque je ne croit pas produire un dossier complet et objectif sur le développement de Montréal; je souhaite seulement pousser à réfléchir davantage sur cette question. Si c'est déjà fait, tant mieux. Sinon, voici pourquoi je crois que ces questions méritent une réflexion plus poussée.
Il faut savoir que j'ai fait des études (collégiales) en tourisme et que j'ai travaillé quelques années comme agent de voyage. Par contre, n'allez pas croire que tous ceux qui évoluent dans le milieu touristique se posent de telles questions, au contraire! L'industrie du tourisme est le domaine qui emploie le plus d'êtres humains sur la planète (et bientôt au-delà de celle-ci) et est une véritable machine à profit. C'est sûr, comment cela pourrait-il en être autrement? Ce sont des entreprises qui se font compétition, et ainsi recherchent le profit. Mais pourquoi est-ce que j'en viens à parler du tourisme? La question du départ n'était-elle pas est-ce que Montréal nous glisse entre les doigts?
Je soupçonne l'industrie du voyage d'être un excellent baromètre de la globalisation. Je m'explique. Quelles sont les conséquences du développement d'une ville d'Amérique? D'après moi, si le développement actuel se maintient, c'est le cheminement vers l'uniformité. Après tout, les "States" ne favorisent-elles pas ce genre de melting pot, autant politique que culturel? Bon, est-ce que j'suis en train de déclarer que l'uniformité c'est nul? Non. Est-ce que je crois qu'il faut l'encourager? Peut-être dans certains domaines. Est-ce que je crois que globalisation et uniformité forment un bon mélange? Pas du tout. Je répond ici à ces questions de façon un peu irréfléchie; je vous conseille donc de lire les questions sans vraiment porter attention aux réponses...
Ce qui est certain, c'est que les touristes forment un groupe très hétérogène. On ne peut que très difficilement parvenir à comprendre les goûts des voyageurs, à moins de les catégoriser à l'extrême. Distinguons très sommairement deux types de voyageurs: 1)certains voyageurs cherchent à découvrir de nouvelles contrées, alors que d'autres 2)prennent des vacances pour se reposer. Avant que vous ne me le fassiez remarquer, effectivement on peut rechercher ces deux choses dans un même voyage, on peut rechercher complètement autre chose, etc. Le but ici, c'est de finalement faire un lien avec le développement de Montréal, alors patience! Si Montréal s'uniformise (à l'Américaine, principalement), alors il y a des conséquences. Les conséquences vont être fâcheuses pour le premier type de voyageurs, alors que le deuxième type de voyageurs sera sans doute indifférent aux mêmes conséquences. Cessons de tourner autour du pot: je fais partie du premier type de voyageurs!
Qu'y a-t-il de mieux, lorsqu'on voyage, que de parvenir à se sentir "à la maison loin de chez soi" (home away from home)? Et bien, il y a des tonnes de choses meilleures que ce feeling. (Remarquez ici le jugement de valeur; rappel, vous êtes sur un blog!) Je trouve ça fort étonnant que des voyageurs déboursent des sommes assez considérables, plusieurs fois par année dans bien des cas, pour se retrouver à la maison... ailleurs. Home, sweet home... away from home!? Je reste perplexe devant cette tendance touristique. J'ai longtemps pensé que c'était one-sided en plus, c'est-à-dire que c'était seulement les "cultures massives" qui envahissaient les autres grandes villes; et bien non! À Paris, je mangeais tranquillement un croque-monsieur (vol typiquement parisien à 12 euros!) dans le quartier Saint-Germain-des-Prés quand j'aperçoit de l'autre côté de la rue un resto québécois! Globalisation ou caprice des voyageurs du deuxième type? Je vous laisse répondre...
Quand je me relie, je réalise que mon texte montre de la frustration. En fait, c'est un jeu stylistique qui est très trompeur. Je ne suis pas outré, fâché ou frustré de l'uniformisation ou même de la globalisation; je suis plutôt triste, mais sans plus! Je vois seulement que les voyages dont je rêve la nuit ne se feront pas. Un peu comme le p'tit gars que j'étais a éventuellement réalisé qu'on ne devient pas Superman ou G.I. Joe. L'industrie du tourisme est justement une industrie. La plupart des voyages ne sont plus effectués par des voyageurs mais par des clients. C'est peut-être ça la part d'uniformité que je ne comprends pas: la commercialisation uniforme de tout. "Tout" c'est peut-être un peu fort quand même; disons que c'est assurément beaucoup plus compliqué que ce que je laisse paraître ici. Ce qui est important maintenant, c'est pas vraiment que le voyageur ait une belle expérience de voyage (qu'il soit du type 1 ou du type 2), c'est que le client rapporte du profit aux intervenants touristiques; c'est pour ça que bien des gens rapportent leur petite Tour Eiffel avec eux lorsqu'ils quittent Paris...
Bon le problème avec mon texte jusqu'à maintenant, c'est que c'est un peu pessimiste. Peut-être que la notion même de profit peut me permettre de prendre un virage optimiste dans mon propos. Tout le monde le sait, les entreprises et les individus recherchent un certain niveau de profit. Je suis bien heureux que les commerçants utilisent ce terme puisque la solution est là. Si une entreprise fait un profit, c'est qu'elle a profité de la situation; elle est sortie gagnante d'un échange. Mais la notion de profit est bien plus large que ça: si on peut profiter d'une augmentation du capital financier, on peut également profiter de centaines d'autres choses. On peut profiter de la protection des consommateurs; on peut profiter de la liberté de presse; on peut profiter de la scolarité gratuite (ou en partie financée par l'État); on peut profiter d'une bonne éducation; on peut profiter d'une journée de congé pour aller prendre un café avec des amis; on peut profiter d'un ciel couvert pour aller marcher en forêt; on peut profiter de la disponibilité et de la patience d'un collègue...
Est-ce que Montréal nous glisse entre les doigts? Je ne sais trop quoi répondre. Peut-être qu'on peut profiter d'une ville davantage uniforme et américanisée; on peut aussi profiter d'une ville riche culturellement; on peut profiter de nombreux espaces verts; on peut profiter d'une ville agréable pour fonder une famille... Et d'un point de vue planétaire, on peut définitivement profiter d'une pluralité des cultures, des visions du monde et des cadres de vie différents. On va profiter de ne pas être tous pareils parce que de cette façon là on va continuer de discuter de nos problèmes. On va continuer de profiter de nos différences, au lieu de tenter de les éliminer. Quand j'y pense, peut-être que ce message s'adresse surtout à ceux qui trouvent que le problème, c'est que les compagnies pensent juste au profit; c'est ce qu'on recherche tous le profit! Mais il y a des centaines de nuances: on peut tout simplement profiter de la vie, mais on peut aussi profiter des autres... surtout des voyageurs de type 2!



0 Comments:
Publier un commentaire
<< Home