samedi 30 juin 2007

Premières Nations

photo de Gilles Archambault
Avant tout, je ne voudrais pas prendre le crédit pour cette magnifique photo d'un harfang qui, en plein vol, fixe le photographe de son regard perçant. Cliquez ici pour être redirigé sur le site du Biodôme de Montréal, où cette photo a mérité le premier prix - catégorie libre - lors d'un récent concours.
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La plupart d'entre nous comprenons à peu près ce à quoi se rapporte l'expression "Premières Nations" au Canada. Maintenant, que vous soyez expert en la matière ou simplement curieux, il est également important pour chacun d'entre nous de s'interroger sur le statut, la protection, l'existence, mais d'abord et avant tout la reconnaissance des Premières Nations dans notre vaste pays.
Pour moi, cela ne fait plus beaucoup de doute, la reconnaissance des Premières Nations par le gouvernement canadien doit s'inscrire dans une mouvance beaucoup plus large. Les nombreux groupes d'Amérindiens et d'Inuits qui nous accompagnent dans notre aventure démocratique moderne sont ceux qui sont essentiellement visés par la reconnaissance des Premières Nations au Canada. Cette reconnaissance est la (très) timide affirmation qu'il y a eu un monde avant l'Europe. Avant que les géants européens n'envoient leurs glorieux vaisseaux pour jeter l'ancre sur les côtes de leur "Nouveau Monde", l'être humain existait déjà ici depuis longtemps.
Soyons clair ; je ne cherche pas à défendre ici une position anti-européenne. Selon moi, un tel racisme manquerait lamentablement de cohérence. Il faut parler de l'être humain comme tel plutôt que de ceux-ci ou ceux-là. À mon sens, il est invraisemblable que les Européens (ceux à l'origine de la colonisation des Amériques) soient les seuls responsables de la domination d'un continent sur un autre. Ce sont plutôt les institutions , disons ici très brièvement la religion et la politique de l'époque, qui sont à l'origine d'un tel comportement de domination envers les peuples américains de l'époque. Domination? Le terme ne me semble pas trop fort, au contraire.
Selon moi, l'Europe monarchique et religieuse qui a commandé les nombreuses expéditions colonisatrices en Amérique n'avait pas d'autre choix que d'adopter cette attitude de domination face aux habitants du Nouveau Monde. Pourquoi? À cause de ses institutions, religieuses et politiques. Pensez-y ; si notre pays est gouverné par un roi et que la souveraineté territoriale de nos terres est fortement menacée par les trop proches et trop nombreux autres royaumes voisins d'Europe, quelle attitude devrions-nous avoir dans le cadre de la colonisation d'un nouveau continent? Eh bien, nous devons y gagner des terres, coûte que coûte! Et j'insiste sur l'importance de cette expression ici : coûte que coûte.
Imaginez! Le roi, issu du sang royal de notre peuple, l'individu qui à lui-seul commande l'armée, prend les décisions importantes dans tous les domaines, apprend qu'un nouveau continent (immense par ailleurs!) se trouve à l'Ouest. Un tel homme, en guerre avec les autres rois d'Europe, ne peut pas faire autrement que voir là un nouveau champ de bataille, un prolongement vers l'Ouest de son royaume. En d'autres mots, on a un monde bien triste où quelques têtes couronnées décident qu'on joue à Risk, et tout le monde joue, même ceux qui n'ont jamais demandé à être de la partie. Tout ça n'est pas difficile à imaginer ; il y aura toujours des êtres humains qui pensent trop à eux pour dominer les autres. À l'avenir, il faut peut-être chercher à éviter que ces personnes aient une couronne sur la tête.
Ainsi, je crois avoir exprimé assez clairement ma vision du monde politique contemporain ; nous vivons dans un monde envahit par l'Europe d'une autre époque. Bien sûr, on parle ici d'individus qui avaient été placés dans des postes beaucoup trop puissants pour une seule personne. Et ça, ça aurait pu arriver à n'importe qui, à n'importe quelle époque. C'est le but de ce message d'ailleurs ; si cette domination d'un continent envers un autre s'est manifestée il y a quelques siècles entre l'Europe et les Amériques, qui nous dit que cela ne se produira pas encore dans d'autres circonstances? Je crois que les évènements de l'histoire se sont produits parce qu'ils n'ont pas pu être évités ; c'est parfaitement trivial d'accord, mais ça exprime l'idée qu'il est futil de vouloir régler les problèmes d'une autre époque. Plutôt, il faut saisir la chance que nous avons d'avoir de riches manuels d'histoire et apprendre de nos erreurs.
Lors de la colonisation de l'Amérique, les Amérindiens n'étaient pas les bons et les Européens n'étaient pas les méchants. Plutôt, l'époque était marquée par un profond déséquilibre à tous les niveaux entre ces deux continents ; ce déséquilibre aura mené aux résultats que l'on connaît. D'un côté, drapeaux, bourgeois, nationalismes, technologie, science, et des institutions politiques et religieuses dont la puissance transcende les individus ; de l'autre côté, pas de bourgeois, un territoire moins restreint, inégalités sociales moins inégales, vision du monde en harmonie avec la nature caractérisée par un respect de tout être humain. Bon, cette vision est un peu trop simpliste, du genre "à gauche l'égalité, à droite la liberté". Mais tout de même, ce que je cherche à montrer ici c'est que toutes les visions du monde ont une valeur égale ; elles gagnent beaucoup plus à s'entraider qu'à se faire la guerre.
Le roi d'Europe peut montrer une science et une technologie révolutionnaire à l'Amérindien ; mais ce dernier peut le remercier en lui enseignant qu'il n'y a pas tant de différences qu'on le croit entre un lac, un arbre, un faucon et un homme. Mais il est trop tard pour ceux-là, ils se sont plutôt fait la guerre... mais il n'est pas trop tard pour les prochaines visions du monde qui se confronteront. Au fait, qu'en est-il de celles qui se confrontent aujourd'hui? Restons prudents si nous constatons qu'un déséquilibre prend place entre deux visions du monde ; nous savons que cela ne peut mener qu'à des solutions radicales qui ne peuvent qu'entamer sévèrement la riche diversité de la race humaine. Pour ma part, je préfère de loin le concert harmonieux de millions de voix humaines différentes à la solennelle mélodie d'une unique voix. Quand une seule voix s'élève et que les autres se taisent toutes, j'ai l'impression de n'avoir qu'une seule version des faits. Et c'est là que commence le déséquilibre ; quand la seule voix qui parle profite du silence des autres pour prétendre qu'elle est la seule voix qui vaut la peine d'être écoutée.