mardi 17 avril 2007

Une lueur d'espoir

La flamme d'une bougie est un symbole d'espoir.
Ce matin, avant de me rendre à l'université, mon père m'a appris qu'une fusillade a eu lieu hier, à Virginia Tech, université étatsunienne de l'État de Virginie. Au moment d'écrire ce texte, trente-trois victimes sont annoncées, dont l'assassin lui-même qui a choisi le suicide après avoir commis son carnage. Mais n'étant pas journaliste (et étant surtout dégoûté par des chiffres aussi dramatiques), je souhaite plutôt parler des mesures qui doivent être prises.
Les cas de fusillade comme celui-ci sont tous différents. Il importe beaucoup ici de ne pas tomber dans un excès de généralisation et de prononcer des phrases faciles comme "Ah! C'est certain que ça va arriver des choses comme ça avec la violence qu'on permet dans les films et les jeux vidéos..." Je crois qu'il serait bête de croire que ces phrases permettent d'expliquer tout les cas.
Par contre, il me semble qu'il n'est pas fou de croire que le comportement de l'assassin est sans doute lié, de près ou de loin, au phénomène d'exclusion sociale. Déjà, cette expression paraît trop "généralisante" à mon goût... ce que je veux dire, c'est que je conçois mal comment une personne pourrait commettre un assassinat si elle entretient des relations amicales avec ses proches. Je vois mal comment une personne peut choisir d'ouvrir le feu sur d'autres personnes plutôt que de choisir le dialogue, qui a la caractéristique très positive de permettre à chacun de conserver sa vie!
Bon, c'est un peu trop simpliste tout ça. Comme si on pouvait imaginer que l'assassin est dans un état mental qui permet ce genre de réflexion... mais pourtant, l'assassin est un humain, alors pourquoi ne le pourrait-il pas ? Dans certains cas, il est clair que des maladies (le meilleur exemple ici est sans doute la schizophrénie) peuvent pousser quelqu'un à commettre des actes regrettables. Mais dans d'autres cas, je suis plutôt d'avis que l'assassin commet un meurtre parce qu'il a échoué de se faire entendre par d'autres moyens. Je ne crois pas qu'un tribunal pourrait condamner les proches d'un assassin de négligence, menant éventuellement à un meurtre. Mais je ne crois pas non plus que les proches de l'assassin soient blancs comme neige.
Comprenez-moi bien ; il ne s'agit pas ici d'accuser formellement les proches d'un assassin de complicité, ou de quoi que ce soit d'autre. Mais certains de ces assassinats font partie des dommages collatéraux inhérents à nos relations interpersonnelles. Pour moi, ça ne fait aucun doute. Les effets de l'exclusion parmi les jeunes sont à mon avis aussi sournois que négatifs. Un enfant qui est victime d'exclusion (de rejet) de la part de ses semblables doit souffrir mentalement pendant longtemps avant de s'en remettre. Et la vengeance peut malheureusement être un moyen assez efficace de s'en remettre. Comment enrayer un problème comme la vengeance? En enrayant les motifs qui poussent une personne vers la vengeance. Bon, ça se complique.
Ça se complique peut-être parce qu'on voit trop grand. Je plains la personne qui se dit "On va sans doute y arriver ; mettons fin à l'exclusion sociale une fois pour toutes". Le problème est le suivant: vous n'éduquez pas tous les enfants de la planète, vous ne pouvez pas intervenir dans toutes les maisons et toutes les écoles, vous ne pouvez pas comprendre parfaitement la multitude de situations personnelles que sont les personnes. En bref, vous ne pouvez pas être efficace ET avoir un effet sur toutes les personnes. Si vous voulez avoir un effet sur tout le monde, cet effet sera moins efficace que si vous vous concentrez sur quelques cas particuliers. Où ça nous conduit? Être de bons parents. Pas parce que ce sont les parents des assassins qui sont les vrais responsables, mais parce que c'est là que se trouve la seule lueur d'espoir qui vous permet d'avoir un effet positif sur la personnalité d'une personne autre que vous. Je crois avoir raison quand je dis que le véritable effet positif qu'on peut avoir sur les autres, c'est quand on travaille sur soi et sur nos proches. Pas que l'effet est nul quand on travaille sur toutes les personnes, mais l'effet n'est pas le même.
Ça ne veut pas dire qu'une campagne se sensibilisation ne donne aucun résultat, au contraire! Mais pour moi, la campagne de sensibilisation qui a l'effet le plus positif est celle qui dit: "Soyez à l'écoute des autres. Restez ouverts au dialogue. Parlez aux inconnus. N'ayez que des amis. Ne soyez jamais arrogants. Soyez de bons parents." Tout commence là. Tout est une question d'habitudes, et il n'est pas compliqué de donner de bonnes habitudes à nos enfants. La sagesse commande que nous prenions conscience de nos limites ; la tentative de règler radicalement tous les problèmes est bien au-delà de nos limites. Par contre, il est clair que nos agissements exercent une influence sur les autres. La lueur d'espoir n'est rien d'autre que cette influence que je peux exercer sur mes proches.
Les prochaines fois que vous êtes sur le point de vous fâchez (contre vous-même ou une autre personne), prenez deux minutes pour réfléchir aux effets de cette colère. Est-ce que la colère est une solution à votre problème? Non? Bon, ne vous fâchez donc pas inutilement! Cherchez la solution à ce qui provoque la colère en vous. Autrement dit, la prochaine fois que vous êtes sur le point de jeter de l'huile sur un feu, jeter plutôt de l'eau!