mardi 14 octobre 2008

Le Jeu des Élections

Feuilles d'érable en automne
Dans tout le grand Canada, qui se tient solide entre les océans Pacifique et Atlantique, les citoyens sont appelés à voter. Le 14 octobre 2008 se tiennent les élections fédérales, qui visent à déterminer quel parti détiendra le pouvoir pour le prochain mandat, à Ottawa. Quel parti défendra avec ferveur son bilan en fin de mandat, rejettant la responsabilité des problèmes non-réglés dans les mains - toujours plus sales - des partis qui l'ont précédé.
Dans tout notre grand pays (en vérité, surtout au Sud, le long de la frontière américaine), les êtres humains qui sont reconnus comme citoyen canadien et électeur pourront exercer leur droit de vote. En réalité, beaucoup ne l'exerceront pas. En 2006, le taux de participation a été approximativement de 60%. Que doit-on comprendre du fait que 40% des Canadiens qui peuvent voter ne sentent pas qu'ils doivent le faire?
Personnellement, je crois qu'il est préférable de répondre à cette question ici en n'exposant que mon point de vue personnel, sans affirmer que je parle au nom de tous mes concitoyens. Pour ma part, j'ai le sentiment que mon droit de voter n'a pas toujours la même importance, selon les circonstances. Je refuse donc d'emblée de faire une grosse déclaration juteuse, du type "Le droit de voter c'est sacré!", ou encore "Ne pas voter, c'est se retirer à soi-même le droit de se plaindre après-coup!". Non, je crois qu'exercer mon droit de vote prend de l'importance à mes yeux si l'enjeu des élections a de l'importance pour moi. De la même façon, au poker, toutes mes décisions sont effectuées relativement à l'enjeu, le gain potentiel en argent.
Les élections ne sont pas réductibles à une partie de cartes, loin de là. Par contre, la comparaison tient la route, dans la mesure où le rapport entre l'électeur et les élections est un peu le même que le rapport entre le joueur et le poker ; dans les deux cas, je ne contrôle pas toutes les données et je suis bien placé pour juger de l'effet que mes décisions peuvent avoir sur les résultats. Chaque joueur fait une analyse personnelle des cartes qu'il reçoit. Et chaque électeur fait une analyse personnelle des gains potentiels qui peuvent résulter d'une élection.
Le droit de vote est peut-être sacré, mais l'acte de voter, lui, ne l'est certainement pas, puisqu'il dépend de ma décision en tant que citoyen souverain! Si je décide de voter, je crois que le coût (on s'entend que faire un X à côté du nom d'un candidat est un coût très faible!) que cela représente n'est pas trop grand, compte tenu des gains potentiels. Un tas de raisons peut justifier le fait de voter ou de ne pas voter. Mais j'affirme sans gêne qu'il est impératif que tous aient un droit égal et inviolable de voter.
Pour moi, il est évident que des élections où l'enjeu est relativement faible aura nécessairement pour effet de réduire le taux de participation. Des élections durant lesquelles les citoyens ne sentent pas que les partis politiques présentent des choses radicalement différentes, que ceux-ci ne se confrontent que très timidement sur des sujets qui n'amélioreront que très peu ou pas du tout leur Canada, alors ces citoyens sont tout à fait justifiés, à mon avis, de se détourner de leur droit de voter. Par contre, il me semble que voter ne demande pas un gros effort et qu'il eput être amusant de voter, ne serait-ce que pour participer à ce jeu que certains prennent, je crois bien, un peu trop au sérieux...
Dieu merci, il y a des élections libres dans notre beau grand pays! Vous savez, ce n'est pas le cas partout sur la planète, "On devrait être fier de ça!", disent certains. Oui, c'est sûr, c'est sûr... mais en même temps, le système qui prend votre vote et qui le replace dans le contexte d'une circonscription fédérale dilue énormément l'effet que peut avoir votre vote. En bonne démocratie, le Canada accepte votre vote personnel comme une simple donnée qui sert à identifier ce que la majorité pense. C'est dans ce sens-là qu'on dit parfois d'un électeur qu'il a "perdu ses élections" ; il a voté noir, mais la majorité des citoyens de sa circonscription fédérale ont voté blanc.
Ainsi nous sommes appelés à jouer le jeu des élections, mais il existe un rapport hiérarchique entre votre vote et le vote de la majorité, qui favorise cette dernière. à cela, il existe des alternatives de démocratie directe qui n'imposent pas ce primat de la majorité aux citoyens. Mais n'oublions pas que les différentes versions d'un jeu ne sont jamais parfaites. L'important, c'est qu'un tel jeu existe ici et qu'il ne fasse pas trop intervenir l'injustice et l'inégalité.
Somme toute, il n'y a pas du tout de risque à jouer ce jeu et le coût de la participation est très faible. Qui sait, vos enfants gagneront peut-être en bout de ligne?

dimanche 16 mars 2008

Hiver

L'église Sainte-Geneviève photographiée de l'Ile-Bizard, sur le bord de la rivière des Prairies
On est à la mi-mars, et la hauteur des bancs de neige semble indiquer que la fin de l'hiver 2008 sera pénible... Mais est-ce là la bonne façon de réagir devant cet hiver, il est vrai, un peu long? Ne devrait-on pas plutôt se réjouir de cet hiver beaucoup plus "normal" que celui de l'année dernière, chaud et pluvieux? L'hiver de cette année n'est-il pas un hiver québécois, un vrai!? Moi je pense que oui. Je pense que trouver l'hiver pénible, même s'il est long, ça devrait être interdit!

Y'a pas si longtemps, quand j'étais petit, l'hiver était à chaque année une bénédiction. Il suffisait d'une chute de quelques centimètres de neige et j'accourait, seul ou avec mes amis, pour profiter de ce plaisir nordique. Ici, dans le sud du Québec, l'hiver peut peut-être devenir un peu sale et désagréable, c'est vrai. Mais c'est pas l'hiver qui cause ça, c'est le trop grand nombre de voitures qui circulent dans nos banlieues, c'est la quantité gigantesque de sel et de sable qu'on étend sur les routes et trottoirs, pour pouvoir continuer à marcher avec nos "running shoes" pendant la saison froide. Quand j'étais plus jeune, y'a rien qui pouvait venir gâcher la pureté de la montagne de neige qui s'accumulait sur le terrain de la maison de mes parents, à l'Ile-Bizard. Rien qui allait me faire dire "Ah, maudit que l'hiver est long!", parce que j'acceptais alors la nature comme elle était. S'il faisait plus froid que la veille, je m'habillais plus chaudement que la veille ; c'est pas plus compliqué que ça! Puis, toute erreur de calcul quant à l'épaisseur de mon habillement était vite oubliée par l'intervention du soupe Lipton ou d'un chocolat chaud Carnation. Préparés - faut-il le rappeler? - grâce à l'amour inconditionnel d'une maman au coeur infini.

Si les enfants aiment l'hiver avec tous ses défauts, c'est pas parce qu'ils sont insouciants, inconscients ou encore "trop jeunes pour comprendre". C'est essentiellement parce qu'ils ont pas de voiture, ne risquent pas d'être en retard au bureau et ne laissent par leur bien-être dépendre des conditions météorologiques. Ils sont indépendants, alors que les "grandes personnes", nous, les adultes, plus matures, nous sommes dépendants de pleins de choses. Par contre, ce qui est bien agréable, c'est que les enfants et les "grandes personnes" sont en fait les mêmes personnes. Certaines d'entre elles l'ont seulement oublié.

lundi 31 décembre 2007

La famiglia è sacra

Débarassons-nous d'abord du crédit photographique qui, cette fois, me revient. J'ai pris cette photo de ma mère, mon père et ma soeur dans une charmante ville de la région de Villa Clara, sur l'île de Cuba (soit à Remedios, soit à Camajuani, je ne me souviens plus!). Nous avons fait, cette journée-là, une excursion pour sortir de notre all-inclusive resort pour voir un peu la région dans laquelle nous passions un si agréable séjour.
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Nous avons tous, dans une certaine mesure, une famille. Certains doivent se contenter de photographies, les parents étant décédés ou disparus. Ce n'est pas mon cas, puisque mes parents et ma soeur sont toujours bien vivants et en bonne santé, ce qui est déjà une bénédiction! La famille n'a toutefois pas la même importance d'une personne à l'autre. Pour ma part, son importance est centrale et elle joue un rôle crucial dans ma conception de l'existence.
Je ne crois pas me tromper quand j'avance que nos personnalités sont en grande partie influencées par le monde extérieur. Nous ne sommes certainement pas de grandes pages blanches à la naissance, mais nous ne sommes pas non plus des pages sur lesquelles plus une seule ligne ne peut être ajoutée. Je crois que la personne que je suis est fortement inspirée des personnes et des choses que j'ai croisées sur mon chemin à venir jusqu'à maintenant. Et il s'adonne que ces trois personnes (ma mère, mon père et ma soeur) ont toujours été sur mon chemin. En fait, ce qui encore plus déroutant pour moi, c'est qu'ils ont permis ce chemin. Je ne suis pas simplement là à me promener, ce sont eux qui m'ont mis là, et maintenu là! C'est quand même pas rien...
Je ne crois pas que tous doivent partager mes vues sur la famille. Elle est sacrée pour moi parce que rien d'autre n'est sacré en fait. Je comprends que certaines personnes n'accordent pas la même importance à leurs parents parce que ces personnes accordent peut-être une importance égale à autre chose, également au fondement de leur personnalité. Ainsi, je crois qu'il est important pour chacun de trouver qu'est-ce qui est fondamental chez soi, qu'est-ce qui influence grandement la personne que je suis, qu'est-ce que j'identifie comme LA raison principale de ma personnalité actuelle. Pour moi, c'est la famille. Pour d'autres, ce sera une Église, un État, une Armée, une Idée, un Projet, un Peuple, un Pays, une Province... C'est égal. Appelez ça du réductionnisme, je suis d'accord! Ici, je réduit toutes ces idoles que nous adorons individuellement, parfois secrètement, comme fondements de nos personnalités.
Ma personnalité n'a pas été forgée par une église ou un état ; cela ne signifie pas que ces institutions n'ont eu AUCUNE influence sur moi. Par contre, je crois que ma famille transcende définitivement mes contacts ponctuels et irréguliers avec ces institutions. La famille transcende tout ça parce qu'elle est le contexte primitif dans lequel je me trouvais au moment de découvrir et de juger ces institutions. Celui qui n'a pas été élevé au sein d'une famille ne peut en dire autant. Celui qui n'a pas vécu dans ce contexte doit analyser autrement sa situation. Par exemple, un enfant élevé dans une "école religieuse" - qu'elle soit catholique, protestante, coranique, hébraïque, bouddhiste, raélienne, etc. - sera marqué par les valeurs véhiculées par l'école en question, ce qui lui permet d'acquérir une vision du monde. Je serais bien stupide d'en avoir contre ces écoles ici, mais il est important de dire les vraies affaires: certaines de ces écoles marquent plus fortement leurs enfants que d'autres, comme certains parents d'ailleurs.
Ce que je trouve génial dans le fait que la famille soit mon "élément sacré", c'est que cela laisse beaucoup plus de liberté à l'enfant (qui n'est après tout jamais rien de moins qu'un autre vous-même...). Mon père n'a jamais basé son autorité sur la supposition qu'il a créé le monde. Ma mère n'a jamais tenté de m'être supérieure en suggérant qu'elle a accomplit des miracles. Ma famille n'a jamais tenté de me rendre coupable d'être né, elle ne m'a jamais fait sentir comme coupable d'être là en tant qu'une âme prisonnière d'un corps.
Ma famille a penché pour les valeurs plutôt que pour l'institutionalisation de leur autorité ; ainsi, je me retrouvais, en tant qu'individu particulier et unique, a partagé le foyer d'autres individus particuliers et uniques. Je me retrouvais devant la possibilité de défier ou de refuser l'autorité, mais pour ce faire je devais trouver de bonnes raisons, ce que je n'ai pas encore trouvé. Pourquoi? Non pas parce que je suis soumis et réduit en esclavage, mais parce que l'autorité que ma famille a exercé n'a jamais excédé son rôle : le maintien de l'ordre familial. "Je suis le papa, tu n'es pas le papa", c'est quand même pas compliqué à comprendre! Ce qui est bien ici c'est qu'on ne me dit pas "tu ne seras pas le papa dans ce monde, mais seulement dans l'au-delà..." ou quelque chose du genre. Je peux moi aussi le devenir un jour, et exercer une autorité "papale" (!) à mon tour.
Quand la famille est sacrée, tous sont sur un même pied d'égalité. Ceux qui ont le pouvoir maintenant ne l'auront pas toujours, et ceux qui subissent le pouvoir aujourd'hui pourront l'exercer à leur tour plus tard. C'est juste une question de qui a donné naissance à qui, et non une autorité qui émane de Dieu le Père. J'en ai un père, et c'est suffisant! Mais au moins lui ne m'a pas dit qu'il a créé le monde et que ma curiosité est vaine puisqu'il est LA raison de tout ce qui existe. Mon père me dit plutôt, plus honnêtement, que JE suis ce qu'il a créé (co-créé disons...) et que je peux continuer d'être curieux à l'égard de cette planète, planète qui, en bout de ligne, est la véritable créatrice si on veut vraiment en adorer une.

mardi 4 décembre 2007

Être là pour un temps

photo de Benoît Dostaler
"the sun is the same in a relative way but you're older...
...shorter of breath, and one day closer to death"

La voix remarquable de David Gilmour prononce ces mots une fois de plus, alors que j'écoute Dark Side of the Moon de Pink Floyd. Le temps qui passe, autant pendant l'écriture de ce message que pendant l'écoute de la chanson, est un élément central de ce qu'il est convenu d'appeler l'existence. Les saisons qui passent (comme sur cette splendide photo, merci Benoît!) s'accumulent parce qu'on possède une mémoire. On peut remercier le ciel de posséder une telle mémoire, même si elle devient difficile à porter... mais la tortue ne se plaint pas du poids de sa carapace, alors inspirons-nous d'elle et acceptons-nous tels que nous sommes.
* * *
Vos deux mains nerveuses s'agrippent au cuir du volant de l'auto de papa, nous sommes en février. Les routes sont gelées, vous apprenez à conduire une voiture. Après quelques moments forts en émotions, votre père décide que vous êtes prêt. Vous êtes content parce que bientôt, on vous laissera prendre la voiture tout seul! Vous passez le test, on peut maintenant dire de vous que vous êtes un conducteur. On vous décerne un permis, une étape est franchie.
* * *
La cloche sonne, il est 14h30, nous sommes en juin. C'est pas seulement le cours de Sciences Physiques qui prend fin, c'est votre (trop) long séjour dans ce territoire inhospitalier qu'est l'école secondaire. Vos camarades et vous-même explosez de joie, avec mille projets en tête qui chercheront tous à vous éloignez de ce qu'on aura tenté de faire de vous ici. Le discours du professeur est étouffé par la jeunesse qui acquiert aujourd'hui une liberté définitive. On se reverra au bal des finissants. Qu'on vous décerne un diplôme ou pas, une étape est franchie.
* * *
Le système de son n'en peut plus de boire les centaines de CD gravés la veille. Musique cool, pour accompagner une gang qui croit l'être. Les bières vides s'entassent sur les speakers, on peut prévoir la gaffe qui s'en vient. Pas grave, les parents sont pas là. Vous avez l'impression d'aller pisser pour la trentième fois depuis trois heures, mais les deux mêmes gars sont toujours en train de tenir la même discussion à côté de la toilette. Votre ivresse est totale, "de l'argent bien dépensé" pensez-vous.
Un beau jour, vous vous réveillez puis vous vous rendez compte que le party est fini. Vous allez bientôt commencer à raconter aux plus jeunes que "quand vous étiez jeune, le party, vous connaissiez ça pas à peu près!". Vous devenez lentement une étape franchie.
* * *
La cravate vous sert violemment la gorge. Vous ne la desserrez pas parce que cela se marie bien avec votre état mental actuel. Nous sommes en octobre, voici vos oncles, vos tantes, vos parents, vos frères et vos soeurs, cousins et cousines, muets, tout comme vous, fixant un trou dans la terre.
On n'ose pas trop se regarder, par pudeur ; on gagnerait beaucoup à affronter ensemble cette frayeur. Ainsi agissent les êtres humains quand la mort emporte l'un des leurs. Votre grand-père est allongé dans un coffre, c'est une génération qui meurt.
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Vous dépliez une vieille photo de vous, jeune enfant. Vous n'avez même plus besoin de la voir tant vous la connaissez dans ses moindres détails, mais vous voulez quand même la regarder. Noir et blanc. Vous fixez ce regard qui vous fixe sans être là. Une larme coule de votre oeil jusqu'à se perdre dans votre barbe grisonnante ; réalisez-vous que le visage qui porte cette barbe est en fait le même que celui qui vous fixe l'autre côté de cette photo? La même larme sur ce jeune visage ne serait pas déviée par tant de rides, voilà toute la différence entre vous et lui.

vendredi 19 octobre 2007

Entendu sur le portique du temple...


- - - OÙ EST LE BIEN ? DANS LA VOLONTÉ. OÙ EST LE MAL ? DANS LA VOLONTÉ. OÙ TROUVE-T-ON NI L'UN NI L'AUTRE ? DANS TOUT CE QUI NE DÉPEND PAS DE LA VOLONTÉ - - -

Certaines choses dépendent de nous ; d'autres ne dépendent pas de nous. Je paraphrase et traduit librement (donc pas très bien) ici des paroles attribuées à Épictète. Mais en fait, peu importe à qui elles sont attribuées, et peu importe si elles sont exactes, parfaites, universelles ou aucune de ces réponses.

Ce dont je suis convaincu, c'est que ces mots-là font réfléchir. Qu'est-ce qu'on fait devant ce qui fait réfléchir ? On réfléchit ; on ne parle pas, on réfléchit. On ne cours pas vers les autres pour leur crier fièrement que quelque chose nous fait réfléchir, cela ne les concerne pas. On ne peut pas réfléchir à plusieurs ; on réfléchit pour soi. Et si tu sens que cette réflexion ne change pas le monde, tu as sans doute raison. Mais cela dépend-il de ta volonté ?

Ajoutons ceci, trouvé chez Marc-Aurèle :

- - - VIS UNE VIE BONNE. S'IL EXISTE DES DIEUX, ET QU'ILS SONT JUSTES, ALORS ILS NE SERONT PAS PRÉOCCUPÉS PAR TA DÉVOTION, MAIS VONT T'ACCUEILLIR SELON LES VERTUS QUI T'ONT GUIDÉ. S'IL EXISTE DES DIEUX, ET QU'ILS SONT INJUSTES, ALORS TU NE DEVRAIS PAS VOULOIR TE DÉVOUER À EUX. S'IL N'EXISTE PAS DE DIEUX, ALORS TU DISPARAÎTRAS, MAIS TU AURAS VÉCU UNE VIE NOBLE QUI SURVIVRA DANS LA MÉMOIRE DE CEUX QUI T'AIMENT - - -

samedi 30 juin 2007

Premières Nations

photo de Gilles Archambault
Avant tout, je ne voudrais pas prendre le crédit pour cette magnifique photo d'un harfang qui, en plein vol, fixe le photographe de son regard perçant. Cliquez ici pour être redirigé sur le site du Biodôme de Montréal, où cette photo a mérité le premier prix - catégorie libre - lors d'un récent concours.
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La plupart d'entre nous comprenons à peu près ce à quoi se rapporte l'expression "Premières Nations" au Canada. Maintenant, que vous soyez expert en la matière ou simplement curieux, il est également important pour chacun d'entre nous de s'interroger sur le statut, la protection, l'existence, mais d'abord et avant tout la reconnaissance des Premières Nations dans notre vaste pays.
Pour moi, cela ne fait plus beaucoup de doute, la reconnaissance des Premières Nations par le gouvernement canadien doit s'inscrire dans une mouvance beaucoup plus large. Les nombreux groupes d'Amérindiens et d'Inuits qui nous accompagnent dans notre aventure démocratique moderne sont ceux qui sont essentiellement visés par la reconnaissance des Premières Nations au Canada. Cette reconnaissance est la (très) timide affirmation qu'il y a eu un monde avant l'Europe. Avant que les géants européens n'envoient leurs glorieux vaisseaux pour jeter l'ancre sur les côtes de leur "Nouveau Monde", l'être humain existait déjà ici depuis longtemps.
Soyons clair ; je ne cherche pas à défendre ici une position anti-européenne. Selon moi, un tel racisme manquerait lamentablement de cohérence. Il faut parler de l'être humain comme tel plutôt que de ceux-ci ou ceux-là. À mon sens, il est invraisemblable que les Européens (ceux à l'origine de la colonisation des Amériques) soient les seuls responsables de la domination d'un continent sur un autre. Ce sont plutôt les institutions , disons ici très brièvement la religion et la politique de l'époque, qui sont à l'origine d'un tel comportement de domination envers les peuples américains de l'époque. Domination? Le terme ne me semble pas trop fort, au contraire.
Selon moi, l'Europe monarchique et religieuse qui a commandé les nombreuses expéditions colonisatrices en Amérique n'avait pas d'autre choix que d'adopter cette attitude de domination face aux habitants du Nouveau Monde. Pourquoi? À cause de ses institutions, religieuses et politiques. Pensez-y ; si notre pays est gouverné par un roi et que la souveraineté territoriale de nos terres est fortement menacée par les trop proches et trop nombreux autres royaumes voisins d'Europe, quelle attitude devrions-nous avoir dans le cadre de la colonisation d'un nouveau continent? Eh bien, nous devons y gagner des terres, coûte que coûte! Et j'insiste sur l'importance de cette expression ici : coûte que coûte.
Imaginez! Le roi, issu du sang royal de notre peuple, l'individu qui à lui-seul commande l'armée, prend les décisions importantes dans tous les domaines, apprend qu'un nouveau continent (immense par ailleurs!) se trouve à l'Ouest. Un tel homme, en guerre avec les autres rois d'Europe, ne peut pas faire autrement que voir là un nouveau champ de bataille, un prolongement vers l'Ouest de son royaume. En d'autres mots, on a un monde bien triste où quelques têtes couronnées décident qu'on joue à Risk, et tout le monde joue, même ceux qui n'ont jamais demandé à être de la partie. Tout ça n'est pas difficile à imaginer ; il y aura toujours des êtres humains qui pensent trop à eux pour dominer les autres. À l'avenir, il faut peut-être chercher à éviter que ces personnes aient une couronne sur la tête.
Ainsi, je crois avoir exprimé assez clairement ma vision du monde politique contemporain ; nous vivons dans un monde envahit par l'Europe d'une autre époque. Bien sûr, on parle ici d'individus qui avaient été placés dans des postes beaucoup trop puissants pour une seule personne. Et ça, ça aurait pu arriver à n'importe qui, à n'importe quelle époque. C'est le but de ce message d'ailleurs ; si cette domination d'un continent envers un autre s'est manifestée il y a quelques siècles entre l'Europe et les Amériques, qui nous dit que cela ne se produira pas encore dans d'autres circonstances? Je crois que les évènements de l'histoire se sont produits parce qu'ils n'ont pas pu être évités ; c'est parfaitement trivial d'accord, mais ça exprime l'idée qu'il est futil de vouloir régler les problèmes d'une autre époque. Plutôt, il faut saisir la chance que nous avons d'avoir de riches manuels d'histoire et apprendre de nos erreurs.
Lors de la colonisation de l'Amérique, les Amérindiens n'étaient pas les bons et les Européens n'étaient pas les méchants. Plutôt, l'époque était marquée par un profond déséquilibre à tous les niveaux entre ces deux continents ; ce déséquilibre aura mené aux résultats que l'on connaît. D'un côté, drapeaux, bourgeois, nationalismes, technologie, science, et des institutions politiques et religieuses dont la puissance transcende les individus ; de l'autre côté, pas de bourgeois, un territoire moins restreint, inégalités sociales moins inégales, vision du monde en harmonie avec la nature caractérisée par un respect de tout être humain. Bon, cette vision est un peu trop simpliste, du genre "à gauche l'égalité, à droite la liberté". Mais tout de même, ce que je cherche à montrer ici c'est que toutes les visions du monde ont une valeur égale ; elles gagnent beaucoup plus à s'entraider qu'à se faire la guerre.
Le roi d'Europe peut montrer une science et une technologie révolutionnaire à l'Amérindien ; mais ce dernier peut le remercier en lui enseignant qu'il n'y a pas tant de différences qu'on le croit entre un lac, un arbre, un faucon et un homme. Mais il est trop tard pour ceux-là, ils se sont plutôt fait la guerre... mais il n'est pas trop tard pour les prochaines visions du monde qui se confronteront. Au fait, qu'en est-il de celles qui se confrontent aujourd'hui? Restons prudents si nous constatons qu'un déséquilibre prend place entre deux visions du monde ; nous savons que cela ne peut mener qu'à des solutions radicales qui ne peuvent qu'entamer sévèrement la riche diversité de la race humaine. Pour ma part, je préfère de loin le concert harmonieux de millions de voix humaines différentes à la solennelle mélodie d'une unique voix. Quand une seule voix s'élève et que les autres se taisent toutes, j'ai l'impression de n'avoir qu'une seule version des faits. Et c'est là que commence le déséquilibre ; quand la seule voix qui parle profite du silence des autres pour prétendre qu'elle est la seule voix qui vaut la peine d'être écoutée.

mardi 17 avril 2007

Une lueur d'espoir

La flamme d'une bougie est un symbole d'espoir.
Ce matin, avant de me rendre à l'université, mon père m'a appris qu'une fusillade a eu lieu hier, à Virginia Tech, université étatsunienne de l'État de Virginie. Au moment d'écrire ce texte, trente-trois victimes sont annoncées, dont l'assassin lui-même qui a choisi le suicide après avoir commis son carnage. Mais n'étant pas journaliste (et étant surtout dégoûté par des chiffres aussi dramatiques), je souhaite plutôt parler des mesures qui doivent être prises.
Les cas de fusillade comme celui-ci sont tous différents. Il importe beaucoup ici de ne pas tomber dans un excès de généralisation et de prononcer des phrases faciles comme "Ah! C'est certain que ça va arriver des choses comme ça avec la violence qu'on permet dans les films et les jeux vidéos..." Je crois qu'il serait bête de croire que ces phrases permettent d'expliquer tout les cas.
Par contre, il me semble qu'il n'est pas fou de croire que le comportement de l'assassin est sans doute lié, de près ou de loin, au phénomène d'exclusion sociale. Déjà, cette expression paraît trop "généralisante" à mon goût... ce que je veux dire, c'est que je conçois mal comment une personne pourrait commettre un assassinat si elle entretient des relations amicales avec ses proches. Je vois mal comment une personne peut choisir d'ouvrir le feu sur d'autres personnes plutôt que de choisir le dialogue, qui a la caractéristique très positive de permettre à chacun de conserver sa vie!
Bon, c'est un peu trop simpliste tout ça. Comme si on pouvait imaginer que l'assassin est dans un état mental qui permet ce genre de réflexion... mais pourtant, l'assassin est un humain, alors pourquoi ne le pourrait-il pas ? Dans certains cas, il est clair que des maladies (le meilleur exemple ici est sans doute la schizophrénie) peuvent pousser quelqu'un à commettre des actes regrettables. Mais dans d'autres cas, je suis plutôt d'avis que l'assassin commet un meurtre parce qu'il a échoué de se faire entendre par d'autres moyens. Je ne crois pas qu'un tribunal pourrait condamner les proches d'un assassin de négligence, menant éventuellement à un meurtre. Mais je ne crois pas non plus que les proches de l'assassin soient blancs comme neige.
Comprenez-moi bien ; il ne s'agit pas ici d'accuser formellement les proches d'un assassin de complicité, ou de quoi que ce soit d'autre. Mais certains de ces assassinats font partie des dommages collatéraux inhérents à nos relations interpersonnelles. Pour moi, ça ne fait aucun doute. Les effets de l'exclusion parmi les jeunes sont à mon avis aussi sournois que négatifs. Un enfant qui est victime d'exclusion (de rejet) de la part de ses semblables doit souffrir mentalement pendant longtemps avant de s'en remettre. Et la vengeance peut malheureusement être un moyen assez efficace de s'en remettre. Comment enrayer un problème comme la vengeance? En enrayant les motifs qui poussent une personne vers la vengeance. Bon, ça se complique.
Ça se complique peut-être parce qu'on voit trop grand. Je plains la personne qui se dit "On va sans doute y arriver ; mettons fin à l'exclusion sociale une fois pour toutes". Le problème est le suivant: vous n'éduquez pas tous les enfants de la planète, vous ne pouvez pas intervenir dans toutes les maisons et toutes les écoles, vous ne pouvez pas comprendre parfaitement la multitude de situations personnelles que sont les personnes. En bref, vous ne pouvez pas être efficace ET avoir un effet sur toutes les personnes. Si vous voulez avoir un effet sur tout le monde, cet effet sera moins efficace que si vous vous concentrez sur quelques cas particuliers. Où ça nous conduit? Être de bons parents. Pas parce que ce sont les parents des assassins qui sont les vrais responsables, mais parce que c'est là que se trouve la seule lueur d'espoir qui vous permet d'avoir un effet positif sur la personnalité d'une personne autre que vous. Je crois avoir raison quand je dis que le véritable effet positif qu'on peut avoir sur les autres, c'est quand on travaille sur soi et sur nos proches. Pas que l'effet est nul quand on travaille sur toutes les personnes, mais l'effet n'est pas le même.
Ça ne veut pas dire qu'une campagne se sensibilisation ne donne aucun résultat, au contraire! Mais pour moi, la campagne de sensibilisation qui a l'effet le plus positif est celle qui dit: "Soyez à l'écoute des autres. Restez ouverts au dialogue. Parlez aux inconnus. N'ayez que des amis. Ne soyez jamais arrogants. Soyez de bons parents." Tout commence là. Tout est une question d'habitudes, et il n'est pas compliqué de donner de bonnes habitudes à nos enfants. La sagesse commande que nous prenions conscience de nos limites ; la tentative de règler radicalement tous les problèmes est bien au-delà de nos limites. Par contre, il est clair que nos agissements exercent une influence sur les autres. La lueur d'espoir n'est rien d'autre que cette influence que je peux exercer sur mes proches.
Les prochaines fois que vous êtes sur le point de vous fâchez (contre vous-même ou une autre personne), prenez deux minutes pour réfléchir aux effets de cette colère. Est-ce que la colère est une solution à votre problème? Non? Bon, ne vous fâchez donc pas inutilement! Cherchez la solution à ce qui provoque la colère en vous. Autrement dit, la prochaine fois que vous êtes sur le point de jeter de l'huile sur un feu, jeter plutôt de l'eau!

mardi 20 février 2007

La Science

Notre planète vue de notre lune
Le philosophe grec Platon se pose la question "Qu'est-ce que la science?" il y a quelques vingt-cinq siècles, dans son dialogue qui a pour nom Thééthète. Ce texte est un dialogue aporétique, c'est-à-dire qu'il se termine sur une impasse. Ce qu'on a lu dans le Théétète est d'abord et avant tout un dialogue sur les limites de la raison humaine [SOURCE: bon site sur les dialogues de Platon, celui de Bernard Suzanne: http://plato-dialogues.org/fr/plato.htm]. Or, il est encore aujourd'hui plutôt difficile de définir clairement ce qu'est la science. Lisez Karl Popper pour une conception plus contemporaine de la science. Mais est-ce que c'est important de savoir qu'est-ce que la science?
N'est-ce pas là un excès de curiosité? On s'entête depuis longtemps à définir la science alors qu'elle se métamorphose avec chaque étape que l'on franchit, avec chaque révolution scientifique. Ce qu'elle est précisément, c'est une transformation perpétuelle. Peut-on donner une définition claire de ce qui est caractérisé par une constante évolution, un changement continuel et des découvertes qui ne sont contraintes par aucune limite. Nous sommes en quelque sorte devant la science aussi perplexe que les hommes d'une autre époque pouvaient l'être devant la mer; "Mais qu'est-ce qui se passe quand le bateau s'éloigne des côtes et disparaît sous l'eau, à l'horizon? Et surtout, comment fait-il pour revenir?" disaient-ils sans doute. À mon avis, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés qu'eux l'étaient.
La science et la mode ont ceci en commun: dans les deux cas, malgré l'immense popularité de certaine tendance, tout finit par céder sa place à une nouvelle tendance. Même, on peut voir un autre parallèle: quand il y a des changements en mode, ces derniers ne sont pas totalement innocents, on effectue toujours les changements en fonction de ce qui a été fait avant. Or, c'est aussi vrai en science. Rien n'est perdu. Je suis pour ma part tout à fait convaincu qu'il n'aura pas été vain de mettre tant d'énergie et de temps dans des domaines comme l'armement nucléaire, le clonage ou l'exploration spatiale. J'ai confiance que, comme c'est souvent le cas en science, malgré le fait que les humains n'atteignent pas toujours les buts qu'ils s'étaient fixés au départ, tout finit par avoir une utilité quelconque pour nous. Si on finit par comprendre que l'armement nucléaire est une preuve que notre race à la capacité de s'anéantir elle-même, ce n'est pas ce que j'appelle une conclusion inutile, bien au contraire.
Ce qui est admirable par-dessus tout en science, c'est l'humilité. Imaginez! En science, un échec peut être considéré comme une étape plus importante qu'une réussite. J'espère que les humains prennent des notes car ceci pourrait servir dans bien d'autres domaines. La communauté scientifique ne peut tout simplement pas perdre confiance en elle. Vous savez, j'hésite toujours beaucoup à réfléchir sur l'existence d'une nature humaine, mais je crois qu'il n'est pas fou de penser que notre exploration scientifique est un baromètre pour déterminer de quelles vertus nous sommes capables: humilité, curiosité, patience, courage, sagesse, philosophie... Et il faut bien comprendre que je parle autant des erreurs que des réussites scientifiques, ces dernières étant, dans la plupart des cas, des erreurs pas encore identifiées.
Ceux qui attendaient une critique quelconque de la science vont être déçus; je ne peux faire autre chose que l'éloge de la science, bastion moderne de la philosophie! En ce sens, je suis donc aussi heureux que l'on parle de sciences sociales et de sciences humaines... pas parce que je crois qu'il existe des lois universelles qui sous-tendent les phénomènes sociaux, mais plutôt parce que cela fait briller une lueur d'espoir: on va continuer d'étudier ces phénomènes dans un cadre scientifique, et cela n'amène que des avantages, parce que ça veut dire que quand on propose une nouvelle théorie, il y aura toute une meute de curieux qui l'examineront pour tenter de trouver une faille. Et je crois qu'il est très profitable pour une théorie - qu'elle soit chimique ou sociale! - de passer sous la loupe d'une science afin d'en détermine la pertinence.
L'ultime question reste: "Sommes-nous les seuls à nous poser toutes ces questions?"